Ils vivaient là, au bord d’une rivière lente, dans la courbe douce du matin. Le feu crépitait sans hâte, et les corps, comme les pierres, gardaient la chaleur du soleil.
Rien ne pressait. Le vent passait entre les branches comme une pensée sans mots. On ne savait pas encore ce que c’était que « croire », mais on savait sentir. L’eau parlait, le feu chantait, et la nuit n’était pas peur, mais profondeur.
Les anciens ne donnaient pas de leçons, ils racontaient la lumière comme on parle d’un ami. Les enfants écoutaient, non pas pour apprendre, mais pour se souvenir.
On ne disait pas : je suis, on disait : ça vit en moi. On ne possédait pas la terre, on marchait avec elle.
Et quand un être quittait ce monde, on ne disait pas qu’il mourait — on disait qu’il devenait le vent, le cerf, la pluie, ou l’étoile du matin.
